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Les 90 premiers jours à l’étranger : comment exercer votre leadership avant de vous sentir pleinement installée

  • 5 janv.
  • 7 min de lecture
Illustration d’une leader face à une nouvelle ville, avec une boussole et des arcs de fuseaux horaires en surimpression, symbolisant les 90 premiers jours à l’étranger et le leadership avant d’être “installée”.

Les 90 premiers jours dans un nouveau pays peuvent paraître trompeusement simples vus de l’extérieur.


Vous avez le poste. Le déménagement est fait. L’agenda se remplit vite. Vous rencontrez de nouvelles parties prenantes, découvrez le marché et prenez un nouveau rythme. Les autres supposent que vous êtes « enthousiaste » et que vous « prenez vos marques ».


Et pourtant, en privé, de nombreuses femmes leaders à l’international me confient tout autre chose :

« Je me sens compétente… mais pas encore totalement moi-même. »

« Je travaille deux fois plus pour être comprise. »

« Je dirige, mais je passe aussi mon temps à décoder. »

« Je ne veux pas faire d’erreurs au début, alors je joue la sécurité. »


Si vous êtes dans cette période en ce moment, je veux nommer clairement une chose :


Ne pas vous sentir installée ne signifie pas que vous n’êtes pas prête à diriger.


En réalité, les 90 premiers jours à l’étranger sont souvent ceux où votre leadership compte le plus : les conditions sont incertaines, les normes sont peu familières. Et la perception que les autres se font de vous se construit très vite.


Cet article est une remise à zéro pratique : comment diriger avec clarté, autorité et intelligence culturelle avant que tout ne devienne confortable.

Pourquoi les 90 premiers jours sont plus complexes que prévu


Même lorsque vous êtes expérimentée, même si vous avez déjà vécu à l’étranger, les premières semaines d’un déménagement comportent un « impôt invisible » :

·    Votre cerveau traite davantage d’informations (langue, ton, hiérarchie, timing, sous-texte).

·    Votre identité est en transition (vous n’êtes pas encore « connue » dans ce contexte).

·    Votre compétence est bien réelle, mais elle peut ne pas être lisible selon les codes locaux.

·    Votre énergie est absorbée par la logistique et l’ajustement émotionnel — souvent de façon invisible.


C’est pourquoi vous pouvez très bien performer et pourtant vous sentir en déséquilibre.


Et c’est aussi la raison pour laquelle beaucoup de leaders, sans s’en rendre compte, font l’une des deux choses suivantes :

1.    Sur-adaptation (devenir hyperpolie, excessivement prudente, attendre trop longtemps avant de prendre sa place)

2.    Sur-contrôle (pousser plus fort, aller plus vite, s’appuyer sur le style qui fonctionnait « au pays »)


Aucune des deux n’est « mauvaise ». Elles sont toutes deux compréhensibles.

Mais il existe une troisième option, plus stratégique :


Diriger avec structure et présence tout en apprenant la culture.

Un cadre de leadership sur 90 jours (qui fonctionne à travers les cultures)

Considérez vos 90 premiers jours comme trois phases. L’objectif n’est pas la perfection.

L’objectif est de devenir transparente, connectée et crédible — d’une manière qui s’inscrive dans le contexte local sans vous effacer.

Jours 1-30 : écouter en profondeur, sans disparaître

La plupart des conseils en leadership disent : « écoutez d’abord ». Je suis d’accord.

Mais dans les transitions interculturelles, « écouter d’abord » peut discrètement se transformer en « être invisible ».

Ainsi, lors de votre premier mois, visez deux choses à la fois :


1) Intelligence culturelle : apprendre les codes

Concentrez-vous sur :

·    Comment les décisions sont-elles prises (en réunion ? en pré-réunion ? autour d’un déjeuner ?)

·    Qui influence qui, et qui détient l’autorité ?

·    À quoi ressemble une « bonne » communication (directe, indirecte, contextuelle, relationnelle)

·    Qu’est-ce qui est valorisé ici : la vitesse, la précision, l’harmonie, l’initiative, le consensus ?


2) Présence de leadership : donner aux autres des repères

Même en phase d’apprentissage, vous pouvez être claire sur :

·    votre intention

·    vos principes de fonctionnement

·    ce que vous êtes là pour apporter


Essayez très tôt une formulation simple :

« Je suis ici pour apprendre vite, instaurer la confiance et produire des résultats. Je poserai des questions, et je dirai aussi clairement ce que j’observe. »


Cette phrase signale une maturité : de l’humilité, sans vous rétrécir.


Un geste pratique pour le mois 1 :

Établissez une courte « cartographie des parties prenantes » avec 10 à 15 personnes clés. Pour chacune, notez :

·    Ce qui compte pour elle

·    Son mode de communication préféré

·    Ce que signifie « gagner » à ses yeux

·    Ce dont vous avez besoin d’elle dans les 90 premiers jours

Cela devient votre outil de décodage culturel.

Jours 31-60 : traduire votre valeur (pour qu’elle soit lisible localement)

Voici une vérité que beaucoup de femmes leaders internationales apprennent à leurs dépens :

Votre expertise ne se transfère pas automatiquement. Elle doit être traduite.

Non pas parce que vous êtes moins compétente, mais parce que chaque culture et chaque organisation a sa propre définition de la crédibilité.

Dans cette phase, concentrez-vous sur le fait de rendre votre contribution lisible.


Faites trois choses :

1) Formulez vos priorités dans le langage local

Pas seulement anglais vs japonais vs français — langage de leadership.

Au lieu de : « Je suis ici pour transformer la stratégie », essayez :

·    « Je veux renforcer l’alignement et l’exécution. »

·    « Je veux construire une vision partagée des priorités et des droits de décision. »

·    « Je veux réduire les frictions entre équipes et améliorer le flux. »


2) Clarifiez très tôt les droits de décision (avant que la frustration ne monte)

Beaucoup de nouveaux leaders expatriés sont recrutés pour « faire le lien », sans qu’on leur donne l’autorité correspondante.

Posez ces questions directement, avec calme :

·    « Où ai-je aujourd’hui un pouvoir de décision ? »

·    « Dans quels cas souhaitez-vous que je recommande plutôt que je décide ? »

·    « Qu’est-ce qui doit être aligné avant d’avancer ? »

Ce n’est pas être difficile. C’est une hygiène de leadership.


3) Choisissez une « victoire rapide » visible.

Pas un projet massif. Quelque chose qui résout un point de douleur réel.

Les victoires rapides créent de la confiance en réduisant l’incertitude.

Exemples :

·    Un processus plus clair

·    un alignement entre parties prenantes

·    un tableau de bord simple

·    Un rythme de communication qui facilite les décisions

·    Un accord inter-équipes qui supprime des goulots d’étranglement


Un geste pratique pour le mois 2 :

Envoyez un bref récapitulatif après les réunions clés :

·    Ce sur quoi nous nous sommes accordés

·    La suite : ce qui se passe ensuite

·    Qui fait quoi

·    échéances

Cette stratégie de visibilité fonctionne dans presque toutes les cultures, car elle crée de la clarté sans auto-promotion.


Jours 61-90 : installer votre rythme de leadership (sans forcer l’adaptation)

Au troisième mois, vous avez accumulé des données. Vous avez tissé des relations. Vous avez livré quelque chose.

Il est temps de passer de l’« apprentissage de la nouvelle arrivante » à la posture de leader qui façonne.

C’est là que beaucoup de femmes, soit :

·    continuent d’attendre de se sentir pleinement installées (et restent trop prudentes), soit

·    se mettent à pousser fort pour se prouver (et s’épuisent).

À la place, visez une autorité sereine.


Votre focus au mois 3 :


1) Définissez votre cadence de fonctionnement

Décidez :

·    Comment animez-vous les réunions ?

·    Comment suivez-vous les décisions ?

·    Comment communiquez-vous les priorités

·    Comment protégez-vous vos plages de travail en profondeur ?

·    Quelles limites vous faut-il pour rester efficace ?

La culture compte — mais votre soutenabilité aussi.


2) Ayez une conversation « périmètre et attentes »

Choisissez la personne la plus déterminante (votre manager, un responsable régional, un sponsor clé) et alignez-vous sur :

·    À quoi ressemble le succès à 6 et 12 mois

·    Quelles contraintes voyez-vous ?

·    Où avez-vous besoin de soutien ou de « couverture »

·    Quels arbitrages sont réels

Si vous attendez d’être en difficulté, cette conversation devient émotionnelle.

Si vous la faites à 60-90 jours, elle devient stratégique.


3) Décidez de ce que vous ne ferez pas

On sous-estime cela.

Dans un nouvel environnement, vous serez tentée de sur-fonctionner : être présente à tout, répondre à tout, vous adapter à tout.

Choisissez une ou deux choses que vous cesserez de faire :

·    « Je vais arrêter de m’excuser de poser des questions de clarification. »

·    « Je vais arrêter de travailler tard par défaut. »

·    « Je vais arrêter d’attendre d’être invitée à contribuer. »

·    « Je vais arrêter de traduire les émotions de tout le monde à leur place. »

C’est ainsi que vous évitez l’auto-effacement.

Les trois pièges à éviter durant vos 90 premiers jours

Piège 1 : confondre humilité culturelle et invisibilité

Oui, observez et écoutez. Mais ne disparaissez pas.

Piège 2 : confondre compétence et compréhension

Vous pouvez être excellente et pourtant ne pas « passer » dans les codes locaux. La traduction fait partie du travail.

Piège 3 : attendre de vous sentir installée pour diriger

Souvent, l’installation vient après avoir pris votre place — pas avant.

Un check-in boussole sur 90 jours (à pratiquer chaque semaine)

Si vous voulez un rituel concret, essayez ceci chaque vendredi :

1.    Qu’ai-je appris de la culture cette semaine ?

2.    Où ai-je dirigé avec clarté (même en petites choses) ?

3.    Où ai-je sur-adapté ou sur-contrôlé ?

4.    Quelle est la conversation dont j’ai besoin la semaine prochaine ?

5.    Quel soutien rendrait cela plus facile ?

Cela vous maintient en mode apprentissage sans perdre votre centre.


Conclusion : vous n’avez pas besoin d’« arriver » pour être crédible


Si vous êtes dans vos 90 premiers jours à l’étranger, souvenez-vous :


Vous n’êtes pas en retard. Vous êtes en transition.


Et la transition n’est pas une pause du leadership — c’est un test de leadership.


L’objectif n’est pas de devenir une version locale irréprochable de vous-même.


L’objectif est de devenirculturellement fluide et alignée avec vous-même— capable de lire la pièce, de la façonner et de rester ancrée dans qui vous êtes.

 
 
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